Dans mes jeunes années, je fus serveuse dans une célèbre chaîne de pizzeria. Une expérience qui m’a fortement marquée puisque je travaillais dans ce lieu magique qu’est la Défense : hommes d’affaires stressés, service ultra rapide, cuisiniers paniqués…
Parfois, lorsque le rosé venait à manquer, tout comme le temps pour aller en chercher dans la réserve, moi et mes audacieux collègues mélangions du vin blanc et du rouge en priant pour que le client ne se rende compte de rien.
Le stratagème fonctionnait mais notre conscience professionnelle en pâtissait… Pris d’insoutenables accès de remords, nous nous excusions de cet outrage auprès du Dieu du Vin en buvant comme des trous à la fin du service lui rendant hommage.
Or, cet outrage est en passe de devenir normal et gentiment accepté par la loi ! Les Etats membres de l’UE ont voté fin janvier un projet de loi qui autorise le mélange de vin rouge et de vin blanc pour produire du rosé. Tout ça parce que le rosé cartonne aux dépens du rouge et du blanc qui sont en crise. Une manière bien maladroite de rééquilibrer le marché…
Notre douce France, réputée pour son savoir faire en matière de vin va devoir commettre cet impair d’une manière industrielle et ce, au nom d’une mondialisation qui étouffe les valeurs. Triste…




